Comment concevons-nous un projet quand nos clients n’ont pas d’idée précise ?
Le flou du départ
Il arrive souvent qu’un client nous dise : « On ne sait pas trop ce qu’on veut, mais on veut que ce soit beau. »
Cette phrase ne traduit pas une absence de goût, mais une difficulté à formuler des envies. Les intérieurs sont chargés d’émotions, de souvenirs, de contraintes ; tout le monde ne sait pas les mettre en mots.
Ce flou, on le prend comme un matériau. Il nous permet d’écouter sans a priori, de comprendre la personne avant le projet. Nous cherchons d’abord à saisir son rythme de vie, les gestes du quotidien, les espaces où elle se sent bien.
À partir de là, les intentions commencent à se dessiner d’elles-mêmes. C’est souvent dans ces premiers échanges que se dessine une intuition, une ambiance, une matière, un ton. Ce n’est pas encore un projet, mais une direction. On avance ensuite par petites touches, jusqu’à ce que cette impression diffuse devienne une base claire sur laquelle construire.
L’écoute comme fondation
Avant de tracer quoi que ce soit, on prend le temps de comprendre. Les occupants. Le lieu.
Le dialogue vient d’abord. On écoute les besoins, les habitudes, la façon dont chacun vit l’espace. Ce qu’on garde. Ce qu’on voudrait changer. Ce qu’on ne supporte plus. Ces échanges dessinent une première direction. Souvent plus juste que n’importe quelle image de référence.
Puis vient l’observation du lieu lui-même. La lumière. Les volumes. La circulation. Les zones oubliées. On regarde comment il fonctionne au quotidien, ce qui aide ou gêne les usages. Ces éléments révèlent ce qu’il faut transformer. Et ce qu’il suffit de mettre en valeur.
C’est là que le projet commence à prendre forme. À la rencontre entre ce que les gens ressentent et ce que le lieu raconte.

Donner naissance à l’intention
Quand le dessin commence, il ne s’agit pas de plaquer un style, mais de mettre en cohérence tout ce qui a émergé.
On traduit des ressentis en lignes, en volumes, en nuances. Une envie de clarté conduit vers des matières sobres et continues. Un besoin d’espace vers des circulations plus fluides et de l’ouverture. Un attachement à la matière vers des textures authentiques, palpables.
Le projet évolue par étapes : croquis, échanges, ajustements.
Ce n’est pas un processus figé, mais une conversation continue, jusqu’à ce que l’ensemble trouve son équilibre, adapté à ceux qui l’habitent.
Ne pas savoir, mais formuler une envie, c’est déjà un point de départ.
C’est souvent dans cet espace d’incertitude que les projets les plus justes prennent forme.